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ZOHO

À l'épreuve de l'eau

Rotterdam, Pays Bas

Cette recherche vise à analyser de nouvelles façons de penser l’espace public de manière à intégrer les réalités actuelles ou futures liées aux changements climatiques notamment en lien avec la gestion de l’eau. L’analyse du cas de Rotterdam, plus particulièrement du quartier ZOHO, mettra en lumière les stratégies d’aménagement utilisées pour intégrer l’eau dans le design, ce qui permettra d’en retirer les bonnes pratiques afin d’ultimement les intégrer dans les pratiques québécoises d’aménagement des espaces publics. L'analyse du cas mettra aussi en lumière comment l'inclusion de notions d'acceptabilité sociale peuvent participer à rendre les espaces plus résilients d'un point de vue spatial et environnemental, mais aussi social.

La mission

Utiliser le cas du quartier ZOHO de Rotterdam pour découvrir de bonnes pratiques d’aménagement intégrant la gestion de l’eau et l'acceptabilité sociale afin de tirer profit de ces méthodes durables pour la conception de villes plus résilientes aux changements climatiques.

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CONTEXTE

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Les Pays-Bas

Situés au nord-ouest de l’Europe, les Pays-Bas sont un pays avec une des plus hautes densités de population du continent européen. (Banque Mondiale, 2020)

Avec plus de 60 % du territoire néerlandais situé sous le niveau de la mer, ce pays est particulièrement propice aux inondations. (Climate Adaption Platform, 2021). De ce fait, les Pays-Bas sont un exemple en ce qui concerne la gestion des eaux et des inondations en milieux urbains.

Rotterdam

Rotterdam est la deuxième plus grande ville des Pays-Bas avec une population de plus de 600 000 habitants. Aujourd’hui reconnue mondialement puisqu’elle abrite le plus grand port d’Europe, la ville a pourtant été totalement rasée durant la Seconde Guerre mondiale. Tout au long de sa reconstruction, et encore à ce jour, Rotterdam fait preuve d’innovation. En effet, sa situation géographique et sa vulnérabilité aux changements climatiques ont fait de Rotterdam, une ville en avance sur son temps, préparée aux défis futurs, principalement ceux liés à la montée des eaux.

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Le quartier ZOHO

Situé à 20 minutes à pied du centre-ville de Rotterdam et à 10 minutes de la gare Centrale, le quartier ZOHO est un secteur au sud du quartier Agniesebuurt. Construit en 1880 comme quartier résidentiel, il est partiellement détruit durant la Deuxième Guerre mondiale. Lors de sa reconstruction, le secteur attire de nombreuses entreprises notamment le parc d’affaires Zomerhofkwartier (ZOHO), mais le quartier se retrouve rapidement délaissé (Rotterdam Info, s.d.).

 

Depuis une dizaine d’années, le quartier s’anime peu à peu et héberge aujourd’hui de nombreux artistes, entreprises et quelques 4300 résidents, devenant ainsi une zone attractive pour des projets de développement urbain (Barendrecht, 2019). Dues aux pressions de densification que subit la ville, le quartier est visé par un grand projet, dont la construction est entamée depuis 2022, signé ECHO urban design, Orange Architects, Moederscheim Moonen, More Architecture et Studio Nauta design. Ainsi, la revitalisation économique et culturelle du quartier devient également une opportunité pour améliorer la résilience et diminuer la vulnérabilité du secteur face aux changements climatiques.

Agniesebuurt

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ENJEUX

Les inondations

Le quartier ZOHO est situé dans un des secteurs les plus vulnérables aux inondations de Rotterdam.

Comme expliqué précédemment, Rotterdam est situé en grande partie sous le niveau de la mer. La ville entière est donc particulièrement sensible à la hausse du niveau de l’eau.

Cela étant dit, les épisodes de fortes pluies engendrées par les changements climatiques exercent eux aussi une pression considérable sur le système de gestion des eaux de la ville. Ce sont donc ces évènements météorologiques extrêmes qui rendent le quartier très vulnérable aux inondations.

De plus, plus de 80 % des surfaces du quartier sont construites ou imperméables. Ainsi, les eaux de ruissèlement sont un facteur aggravant important pour le quartier.

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Source : New-York Times

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Source : De Urbanisten

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Source : De Urbanisten

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La sècheresse

Les changements climatiques engendrent également des périodes de sècheresse de plus en plus longues entre les fortes pluies. Ces sècheresses sont une réelle menace pour le quartier d'Agniesebuurt et donc aussi à tenir compte dans le projet ZOHO.

En effet, de nombreux bâtiments du secteur reposent sur des fondations de bois submergées qui datent du 19e siècle (voir en gris). Lorsque le niveau de l’eau baisse sur de plus longues périodes, à cause des périodes de sècheresse, ces fondations se retrouvent exposées à l’air. Ce contact avec l’air peut entrainer la pourriture des éléments de fondations et, par conséquent, affecter leurs propriétés structurales. Ainsi, les sècheresses sont une menace importante pour de nombreux habitants et usagers.

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Les îlots de chaleur

Comme dans de nombreuses villes, des ilots de chaleur urbains sont présents à Rotterdam, et le quartier ZOHO n’échappe pas à cette problématique.

 

En effet, les nombreuses surfaces construites, telles que les routes et les bâtiments, diminuent le couvert végétal. Ainsi, durant les périodes chaudes, la chaleur s’accumule dans le quartier. Cela peut entrainer des problèmes de santé importants pour une partie plus vulnérable de la population.

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Source : De Urbanisten

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CADRE THÉORIQUE

La ville de Rotterdam est vulnérable face aux changements climatiques alors que l’intensité des précipitations et le niveau de la mer changent rapidement, le tout combiné à une croissance et densification continue augmentant les risques. C’est pourquoi on retrouve un large éventail de plans et de programmes reflétant la transition qu’entreprend Rotterdam dont le programme « Rotterdam sensible à l’eau (2015) ». D’ailleurs, grâce aux efforts du programme Water Sensitive, cette approche holistique se poursuit et se généralise en un développement de plus en plus visible dans la ville, dont le quartier de ZOHO. On y retrouve un nombre croissant de projets visibles tel que divers carrés d’eau, des formes alternatives de stockage de l’eau, plus de verdure, des projets de suppression des surfaces construites ou imperméables, des toits verts ou même des parcs sur les toits.

La collaboration de tous les acteurs se voit essentielle afin de gérer les précipitations, où chacun contribue selon ses capacités. L’eau de pluie représentant une ressource précieuse se doit d’être utilisée localement autant que possible. Sa gestion est de plus en plus liée au concept de résilience. La stratégie est alors d’adopter diverses mesures à petite échelle qui à la fois augmenteront la capacité à absorber l’eau et amélioreront les espaces publics extérieurs, tels que le drainage visible entrainant une plus grande prise de conscience par la communauté pour ensuite en tirer des leçons et l’appliquer à d’autres quartiers.

Ainsi, le cadre théorique abordera l’approche de la conception urbaine sensible à l’eau (WSUD), mais également deux théories sociales et de conception qui sous-entendent l’acceptation communautaire du WSUD. Ces théories sont celles de l’attachement au lieu et du capital social, deux théories interconnectées pouvant potentiellement être appliquées en tant que moteurs de changement en collaboration avec des théories de conception urbaine, telles que la résilience ou encore les critères de Bentley, afin que les composantes à la fois physiques et sociales soient intégrées dans la conception d’un quartier résilient.

WSUD

L'attachement 
au lieu

Le capital social

La résilience

LA CONCEPTION URBAINE SENSIBLE À L'EAU (WSUD)

La conception urbaine sensible à l’eau (WSUD) se définit comme la conception intégrée du cycle de l’eau où l’urbanisme, la protection de l’environnement et l’eau sont intégrés, selon le Comité directeur des villes sensibles à l’eau (cité dans Community Acceptance of Water Sensitive Urban Design, 2014).

 

Il s’agit alors d’une approche de l’urbanisme et de la conception qui intègre la gestion du cycle de l’eau, et ce, dès le départ, et tout au long de la conception et du processus de planification. Cette approche représente ainsi une opportunité de créer des lieux résilients où les solutions de gestion de l’eau cherchent à répondre aux attentes et aspirations de conception de lieux garants de succès.

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Source : CIRIA

Objectifs

La conception urbaine sensible à l’eau cherche à répondre aux aspirations suivantes :

  • Atténuer l’impact de la pluie sur l’environnement

  • Intégrer le traitement de la collecte ou la réutilisation des eaux de ruissèlement, y compris les eaux de toiture et autres eaux pluviales

  • Assurer la sécurité des ressources et de la résilience à l’avenir 

  • Améliorer la qualité de vie des communautés 

  • Célébrer le caractère local, l’environnement et la communauté 

  • Augmenter l’agrément social dans les zones urbaines grâce à des espaces verts polyvalents, à l’aménagement paysager et à l’intégration de l’eau dans le paysage pour rehausser les valeurs visuelles, sociales, culturelles et écologiques

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L’objectif de Water Sensitive Rotterdam est donc de faire de la ville un meilleur endroit où vivre et de promouvoir la cohésion sociale en plus de l’adaptation au climat, ce qui contribue à la ville résiliente. Le quartier résilient au climat Zomerhofkwartier (ZOHO) représente un bon exemple. L’adaptation au climat s’est révélée être un moteur de développement durable, de verdissement du quartier et de renforcement de la cohésion sociale. Ces expériences peuvent être étendues aux zones environnantes et à d’autres districts. De plus, les instituts du savoir utilisent le district comme laboratoire d’essai.

Outils et Stratégies

Ces outils peuvent être appliqués pour atteindre les objectifs du WSUD :

  • Systèmes de biorétention

  • Jardins de pluie, toits verts et systèmes d’infiltration

  • Bandes tampons

  • Réservoirs d’eau de pluie

  • Surfaces perméables

  • Collecte et réutilisation des eaux urbaines

  • Gestion des eaux usées

  • Pièges à polluants bruts

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Source : De Urbanisten

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Jardin de pluie

Collecte des eaux de pluie

Toit vert

Water square

L'ATTACHEMENT AU LIEU

L’attachement au lieu, terme apparenté dans la littérature de « sens du lieu » et « identité du lieu » (Deutsch et Goulias, 2009 cités dans Shaping the City Image by Placemaking), fait référence à une dépendance ou à un lien émotionnel avec les aspects biophysiques du paysage tel que les ressources naturelles ou les espaces récréatifs et ouverts qui soutiennent les activités sociales. L’identité du lieu et l’attachement pourraient alors être des moteurs importants pour soutenir la conception urbaine sensible à l’eau, en particulier afin d’améliorer l’ambiance d’un quartier notamment, ou encore, la verdure ou l’eau.

L’attachement au lieu et la sensibilisation envers l’environnement

La littérature a d’ailleurs révélé l’importance de l’attachement des résidents à leurs communautés en termes d’aspects sociaux, psychologiques et environnementaux. Ainsi, les personnes ayant un attachement supérieur à un lieu montrent un intérêt accru pour la préservation des caractéristiques sociales et physiques caractérisant leurs communautés et des comportements plus respectueux de l’environnement. Le sentiment d’attachement au lieu peut alors renforcer les actions face à la protection de l’environnement qui, à leur tour, encourage un plus grand sentiment d’attachement au lieu, selon David Seamon, professeur d’architecture (cité dans Creating Great Places, 2020). L’attachement au lieu contribue ainsi à la durabilité des villes.

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Le DakAkker Rooftopfarm situé dans le quartier ZOHO est non seulement un toit vert, mais représente également la plus grande ferme en toiture à ciel ouvert des Pays-Bas et l’une des plus grandes d’Europe. Il s’agit d’une initiative de ZUS [Zones Urbaines Sensibles] dans le cadre des premières initiatives de la ville de Rotterdam. Des légumes, des fleurs comestibles et des fruits y sont cultivés et des abeilles y sont même gardées. De plus, on y retrouve un site de test pour le stockage et la gestion intelligente des eaux de pluie. Il accueille également le « Dakennie », un programme éducatif pour les écoles primaires de Rotterdam.

Les facteurs contribuant à l’attachement au lieu

Le sens du lieu comporte à la fois des aspects physiques et psychologiques, plus précisément des caractéristiques physiques correspondant à des facteurs cognitifs et perceptifs :

On retrouve 4 facteurs cognitifs et perceptuels (Hashemnezhad, 2013 cité dans Shaping the City Image by Placemaking) :

  • Satisfaction

  • Interactions et activités

  • Mémoire et expériences

  • Facteurs temporels

De leur côté, les caractéristiques physiques représentent une image d'un lieu et répondent à sa fonction. Elles se traduisent par : la taille, l'échelle, les composants, la diversité, la texture, la décoration, la couleur, l'odeur, le bruit et la température (Steel, 1981 cité dans Shaping the City Image by Placemaking). Elles jouent un rôle direct dans la satisfaction des utilisateurs, l'un des facteurs qui favorisent l'attachement au lieu.

L’attachement au lieu et la mobilisation collective

Finalement, un fort attachement au lieu peut constituer la base d’une mobilisation collective d’où peut émerger un engagement collectif pour valoriser les espaces aimés. De plus, l’attachement au lieu combiné au capital social peut engendrer des actions collectives par exemple sur le quartier (Scannel et Gifford, 2010 cité dans L’attachement au lieu, vecteur de mobilisation collective, 2016).

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Source : De Urbanisten

LE CAPITAL SOCIAL

Beaucoup de définitions coexistent quant à la façon de définir le capital social. Dans le contexte de ce cadre théorique, le point de vue du politologue Putnam (cité dans L’attachement au lieu, vecteur de mobilisation collective, 2016) est le plus approprié, abordant le capital sous l’angle collectif.

Le capital social peut ainsi se définir comme étant « les caractéristiques de l’organisation sociale, telles que la confiance, les normes et les réseaux qui améliorent l’efficacité de la société facilitant l’action collective. » (Putnam, Leonardi, et Nanetti, 1994 cité dans L’attachement au lieu, vecteur de mobilisation collective, 2016). Des valeurs et des normes, telles que la confiance et la réciprocité, sont alors partagées et engendrent des bénéfices sur la société dans son ensemble. Le capital social peut alors représenter une ressource pour l’organisation sociale d’un quartier notamment.

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Le quartier ZOHO représente un catalyseur de réalisation d’espaces publics attrayants. Il s’agit d’un district pour expérimenter la protection d’une zone urbaine contre le climat. Les expérimentations portent sur des interventions physiques traitant des eaux pluviales excessives, des périodes de sècheresse, de même que l’amélioration de l’espace public. Tout a commencé avec la conception de la place de l’eau Benthemplein, en 2011, alors que De Urbanisten a présenté son idée au quartier et formé un groupe diversifié de participants souhaitant investir du temps pour réfléchir à la conception de la place. Il en résulte une conception répondant aux besoins de la plupart des jeunes qui fréquentent la place.

Source : De Urbanisten

LA RÉSILIENCE

La résilience est un concept clé afin de comprendre les ambitions de la ville de Rotterdam face aux changements climatiques. La définition de la résilience s’explique en quatre éléments clés :

  1. Le niveau de perturbation qu’un système peut absorber en demeurant dans le même état

  2. La capacité du système à s’auto-organiser

  3. La capacité de bâtir et d’accroitre l’apprentissage et l’adaptation

  4. Le maintien de composants clés et relations et leur continuité dans le temps

Selon Cumming, professeur à l'Université James Cook, une résilience basse peut entrainer des changements majeurs du système et par le fait même entrainer la perte d’identité des lieux. En lien avec la théorie de l’attachement au lieu, la perte de l’identité du lieu entraine aussi la perte de l’attachement au lieu, et de ce fait, une propension moins grande à entretenir l’environnement.

Divers angles d'approche

La résilience peut être vue sous divers angles. La résilience socioécologique regroupe la résilience de l’environnement, soit le maintien d’un haut niveau de biodiversité ainsi que des cycles et dynamiques naturels, et la résilience sociale, soit la coopération et la confiance envers le système gouvernemental, les organisations et les institutions de même que des réseaux sociaux forts (Cumming, 2011).

La résilience peut aussi être perçue d’un point de vue spatial. Au départ perçue comme la résistance aux perturbations en 1990, la définition de résilience spatiale ajoute maintenant les notions d’adaptabilité, de robustesse et de rapidité de réponse face aux aléas (Lu & Stead, 2013).

Six critères contribuent à l’atteinte d’une résilience spatiale :

  1. La prise en compte des caractéristiques actuelles

  2. La connaissance des menaces et tendances futures

  3. L’habileté à apprendre des expériences passées

  4. La formulation de buts/d’objectifs

  5. L’initiation d’actions concrètes

  6. L’inclure du public dans les prises de décisions

La résilience spatiale agit donc sur les niveaux autant externes (environnement spatial et connectivité) qu’internes (interactions des composantes) de la ville contribuant à la conservation de l’identité à plusieurs échelles dans des stratégies holistiques qui conservent les réseaux existants (Cumming, 2011).

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L'ANALYSE DE ZOHO 

Sous l'angle de Bentley, l'attachement au lieu et la gestion de l'eau

Les critères de Bentley

Le manuel Responsive Environments écrit par Ian Bentley, architecte et designer urbain, et ses collègues, relate sept concepts clés afin de créer des espaces urbains de qualité. Les trois critères qui nous intéressent plus précisément ici sont ceux de la perméabilité, de la variété et de la lisibilité. Ces trois concepts sont en lien avec les théories expliquées dans le cadre théorique et représentent des pistes intéressantes afin d’analyser le projet du quartier ZOHO.

Perméabilité

Variété

Lisibilité

LA PERMÉABILITÉ

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Selon le manuel Responsive Environnements, le premier critère d’analyse de la qualité du tissu urbain est la perméabilité (Bentley et Al., 1985). Celle-ci se détermine par la quantité et la qualité des différents parcours offerts aux usagers, et mise sur : 

  • Le choix de déplacements 

  • L’orientation spatiale 

  • Les interconnexions physiques et visuelles 

  • Le contact visuel direct offrant des possibilités d’anticipation au plan expérientiel ainsi que sur le plan de la sécurité. 

Figure 1: Carte des accès au site.

La perméabilité à l'échelle du quartier 

Le quartier ZOHO se situe dans la partie sud du quartier Agniesebuurt, délimité par les voies de train sortant de la gare Centrale de Rotterdam au sud, par le canal Noordsingel à l’est ainsi que deux voies de circulations importantes au nord et à l’ouest. Bien qu’étant enclavé entre ces limites importantes, le quartier Agniesebuurt dispose de plusieurs voies d’accès automobiles afin de connecter efficacement l’intérieur du quartier au tissu urbain environnant, tout en permettant un certain contrôle des circulations automobiles à l’intérieur de ses limites (voir Fig. 1). 

 

La perméabilité d’un environnement fait directement référence à la quantité et la qualité des choix de chemins alternatifs proposés à un usager afin qu’il se déplace à travers le tissu urbain (Bentley et Al., 1985). Conséquemment, la morphologie générale des ilots du tissu urbain engendrerait une hausse ou une baisse de sa perméabilité. Selon Bentley (1985), les tissus urbains constitués d’ilots de plus petite taille permettraient une plus grande perméabilité, en offrant un plus grand nombre de chemins alternatifs et d’intersections qu’un tissu urbain constitué d’ilots de grande taille. 

Figure 2: Îlots typiques.

Dans le cas d’Agniesebuurt, la taille des ilots est considérablement petite, soit toujours moins de 150 mètres de longueur, ce qui permet à l’usager de se retrouver facilement même dans un tissu urbain relativement dense. Par exemple, l’ilot A de type bloc de périmètre (perimeter block development) offre des dimensions de 50 mètres de largeur par 95 mètres de longueur (voir Fig. 2). Les différents ilots résidentiels offrant la même typologie ont tous des dimensions similaires. Leur disposition offrant des entrées principales en périphérie d’ilot permet la disposition des espaces privés en arrière-cour, ainsi dissimulés des regards des passants. L’ilot B, au contraire, offre un front bâti sur l’axe de circulation et une cour arrière privatisée. Celui-ci a environ 30 mètres de profondeur et 100 mètres de longueur, et ces dimensions sont relativement les mêmes dans les autres ilots du même type. Finalement, l’ilot C est relativement plus grand que les autres ilots du quartier, mais celui-ci est sous-divisé en trois ilots de taille relative à celle de l’ilot A, en ayant une largeur variant entre 50 et 65 mètres.

En somme, la petite taille des ilots du quartier Agniesebuurt permet d’affirmer que l’espace urbain offre une bonne perméabilité physique et visuelle aux usagers, et leur disposition permet la privatisation des espaces en arrière-cour, ce qui, selon Bentley (1985), permet une interface juste et claire entre les activités publiques et celles privées des usagers et habitants du quartier. 

L’orientation spatiale de la trame serait également un facteur déterminant de la perméabilité du tissu urbain (Bentley et Al., 1985). Une trame rectiligne, continue et ininterrompue permettrait plusieurs possibilités d’anticipation de l’usager, rendant son parcours plus simple et facilement lisible (Bentley et Al., 1985). De plus, cette perméabilité visuelle au sein du tissu urbain contribuerait à grandement améliorer le sentiment de sécurité chez l’usager, en lui permettant d’éviter ou de prévoir davantage les divers dangers potentiels qui pourraient exister sur son parcours (Bentley et Al., 1985). La trame du quartier Agniesebuurt est relativement simple et répétitive, en jumelant une trame de type « grille » en son centre plus résidentiel à une trame de type « boucle » en son centre plus commercial et institutionnel (voir Fig. 3). 

Figure 4: Cohabitation des circulations piétonnes, cyclistes et automobiles.

Figure 5: Rues partagées.

Figure 6: Rues partagées.

Figure 3: Circulations automobiles internes d'Agniesebuurt.

Le Manuel de Bentley explique que plusieurs facteurs réduisent considérablement la perméabilité des tissus urbains : la croissance de l’échelle des développements, l’utilisation de grilles de développement hiérarchique ainsi que la ségrégation des circulations piétonnes et véhiculaires (Bentley et Al., 1985).

 

Dans un premier temps, on fait référence à l’augmentation considérable des développements monolithiques qui auraient facilement pu être divisés en blocs de plus petite taille afin d’augmenter la quantité de chemins alternatifs proposés aux usagers à l’intérieur même du site.

 

Selon Bentley (1985), l’utilisation des grilles de développements hiérarchiques, elle, tend à générer un plan de culs-de-sac. Alors qu’on ne tend pas à assurer que les culs-de-sac ne sont pas appropriés au tissu urbain, on affirme par contre que ceux-ci devraient être ajoutés au tissu urbain perméable, et non y être substitués (Bentley et Al., 1985). Dans le cas du quartier d’Agniesebuurt, on retrouve deux culs-de-sac. Par contre, ceux-ci semblent avoir été ajoutés à la trame urbaine afin de diviser l’ilot C en trois ilots de plus petite taille (voir Fig. 1).

 

Finalement, on parle de ségrégation des circulations piétonnes et véhiculaires. Selon Bentley (1985), la perméabilité du tissu urbain diminuerait grandement lorsque les différents types de circulations sont séparés en différents systèmes de routes. La seule manière d’y remédier serait de dupliquer les routes afin d’offrir à chaque système de déplacement un certain niveau de perméabilité (Bentley et Al., 1985). Dans le quartier Agniesebuurt, la grande majorité des circulations piétonnes, véhiculaires et cyclistes sont regroupées dans les mêmes axes de circulation, ce qui leur assure d’avoir le même degré de perméabilité. (voir Fig. 4, 5 et 6)

La perméabilité à l'échelle du projet

Les mêmes qualités se retrouvent dans le tissu urbain à l’échelle du projet ZOHO. Suivant la même grille urbaine que le quartier Agniesebuurt, ce projet offre des façades publiques en périphérie d’ilot ainsi que de multiples places publiques protégées en son centre. La réduction du nombre d’accès automobiles sur le site cède la place à une offre de circulations piétonnes exceptionnelle, ce qui augmente le sentiment de sécurité générale sur le site (voir Fig. 7).

 

Alors que le reste du quartier Agniesebuurt offre plusieurs lieux privés, le quartier ZOHO propose en partie des lieux extérieurs publics, à proximité des unités résidentielles existantes. Les différents espaces verts, situés sur deux niveaux, offrent de multiples chemins alternatifs aux usagers (voir Fig. 8 et 9). Ceux-ci peuvent se déplacer aisément vers le site et à l’intérieur même de celui-ci, et le plan dégagé du centre du projet améliore grandement la perméabilité visuelle et physique du tissu bâti.

 

Ces nouveaux espaces permettent par ailleurs d’augmenter l’acceptabilité sociale du projet, en faisant appel aux facteurs cognitifs influençant l’attachement au lieu. En effet, les nouveaux espaces publics végétalisés au niveau du parc Peat permettent différents types d’activités et favorisent les rencontres sociales, ce qui améliore la qualité des interactions et activités proposées aux usagers.  

Figure 7: Circulations automobiles dans ZOHO.

Figure 8: Circulations piétonnes au sol dans ZOHO.

Figure 9: Circulations piétonnes au niveau du parc Peat dans ZOHO.

LA VARIÉTÉ

La variété permet d’ajouter de la valeur aux espaces publics en offrant une grande diversité de choix expérientiels. La variété d’usages permet d’apporter une variété de formes, notamment bâties, et d’attirer une diversité d’usagers avec des profils socioéconomiques variés. Ainsi, la variété d’usages, de formes et de perceptions par les usagers permet différentes interprétations des lieux.

 

La variété d’usages dépend de trois facteurs :

  • La demande (le nombre d’activités qui veulent s’installer dans un secteur donné)

  • La possibilité d’offrir des espaces abordables pour soutenir ces activités

  • Une conception qui encourage des interactions positives entre les activités.

Les designers doivent donc s’assurer de la faisabilité fonctionnelle, économique et politique des projets présentés afin de convaincre les acteurs importants d’y inclure la notion de variété.

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Train Hofplein en 1965 - Source : Stadharchief Rotterdam

Viaduc du Hofplein transformé - Source : Peña Architecture

La situation actuelle du secteur

Le quartier Agniesebuurt est un quartier principalement résidentiel constitué majoritairement d’immeubles à logements de plus ou moins six étages. Certains rez-de-chaussée sont commerciaux, on y retrouve restaurants, pubs et commerces de petite taille. On retrouve aussi dans le quartier deux hôtels, des bureaux gouvernementaux et un pôle artistique important près du boulevard Heer Bokelweg. Les locaux de travail, notamment les ateliers artistiques, sont à prix modiques en comparaison aux prix du marché, ce qui contribue à garder la communauté artistique dans le secteur.

 

De plus, depuis 2011, les dessous du viaduc de l’ancienne ligne de chemin de fer Hofplein, qui passe en plein cœur du quartier Agniesebuurt, sont transformés en locaux utilisés par une diversité d’entreprises.

Ces deux phénomènes ensemble contribuent à dynamiser le secteur et à conserver une certaine mixité en attirant une clientèle variée dans le quartier. En prime, le quartier bénéficie de formes variées grâce à la présence du viaduc de la Hofplein, rendant ainsi la promenade à pied intéressante.

La variété sous l'angle de la gestion de l'eau et de l'attachement au lieu

Étant donné la présence actuelle d’une certaine mixité, les designers du projet du quartier ZOHO souhaitaient conserver cette mixité et s’assurer de garder la communauté artistique dans le quartier. Ils ont donc misé sur une approche de mixité verticale, mais aussi horizontale en entrelaçant les diverses fonctions et en y intégrant des espaces publics collectifs (voir Fig. 10 et 12). On y retrouve dans les étages inférieurs des laboratoires (espaces créatifs), puis au-dessus un grand espace vert qui connectera avec le futur « Hofline » de Rotterdam (inspiré du fameux Highline de New York) (voir Fig.11). À même ce parc, des logements de divers types et de divers modes de tenure, incluant des logements sociaux, sont présents. Les créateurs du projet souhaitaient ainsi atteindre une bonne cohésion sociale et l’inclusion sociale pour tous les résidents en s’assurant que les gens puissent se côtoyer dans des espaces accueillants pour tous.  

L’inclusion de méthodes de gestion de l’eau a pu contribuer à offrir une variété supplémentaire au quartier. En effet, des usages liés à la gestion de l’eau s’ajoutent au projet, comme des espaces verts et des bassins de rétention en surface. Le grand parc Peat assure la rétention des eaux de pluie qui nourrit les divers végétaux s’y trouvant. L’eau en surplus est ensuite redirigée vers des réservoirs souterrains qui peuvent être utilisés lors de sècheresses (voir Fig.13). Les bassins de rétentions en surface, qui se remplissent lors de temps pluvieux, mettent quant à eux l’eau en valeur afin qu’elle soit perçue comme une opportunité expérientielle plutôt qu’un désagrément, un point important du Plan d’adaptation de Rotterdam.
 

Figure 10: Axonométrie des usages du projet ZOHO

Figure 11: Concept du projet ZOHO

Figure 12: Concept du projet Zoho

Figure 13: La gestion de l'eau dans le projet ZOHO

De plus, l’inclusion de telles stratégies favorise une ville avec des formes variées grâce à des espaces qui diffèrent des bâtiments et usages habituels, et contribuent aussi à attirer différents types de gens dans le secteur qui autrement ne serait peut-être pas venu. Ces espaces, en majorité de natures publiques, contribuent à offrir une variété de perceptions et peuvent aussi contribuer à l’attachement au quartier. En effet, selon la théorie de l’attachement au lieu, les espaces verts et naturels ou avec des éléments physiques distinctifs sont prouvés pour augmenter l’attachement au lieu en créant des mémoires ou en vivant des émotions reliées à ces lieux. Une variété de lieux permet donc une variété d’émotions et ainsi un attachement plus fort au lieu. 

Source: De Urbanisten

LA LISIBILITÉ

La lisibilité assure de rapidement saisir l’organisation spatiale d’un espace et de le rendre compréhensible. Cela permet aux usagers de tirer avantage des choix qui s’offrent à eux et de mieux voir la qualité des milieux qui les entoure. La lisibilité se décline sous deux niveaux, soit la lisibilité de la forme matérielle (physical form) et celle qui permet de déduire les lieux où des activités prennent place dans l’espace (activity pattern).

 

C’est l’usager qui se forme une carte mentale de l’espace, mais c’est le rôle des designers urbain de mettre en place les dispositifs nécessaires pour faciliter ces images mentales. Les designers urbains peuvent ainsi se servir de cinq concepts clés pour assurer la lisibilité de l’espace urbain : les nœuds (lieux focaux), les limites, les voies, les repères et les districts (ou secteurs).

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Figure 13: Les limites du quartier Agniesebuurt

Figure 14: Les pôles (noeuds) du quartier Agniesebuurt

La lisibilité d'Agniesebuurt

Le quartier d’Agniesebuurt révèle certaines limites claires qui permettent de saisir où commence et où s’arrête le quartier. Au nord, et à l’ouest, le quartier est respectivement délimité par le boulevard Bergweg partagé automobile et tramway et le boulevard Schiekade où le tramway bénéficie d’une allée centrale réservée. La limite sud du quartier est délimitée à la fois par un chemin de fer et le boulevard Heer Bokelweg. À l’est, on retrouve le canal bordé par la rue Noordsingel (voir fig. 13).

 

Les repères permettent également à l’usager de se situer plus facilement dans la ville. Ainsi, le canal représente un repère aux habitants de même que les ponts qui le traversent. Le viaduc de l’ancien rail de train du Hofplein représente aussi un repère important puisqu’il traverse en plein centre tout le quartier d’Agniesebuurt entre le nord et le sud. Les lieux focaux plus importants du secteur sont situés principalement à l’ouest du secteur, c’est-à-dire près de l’important boulevard Schiekade.

 

Plusieurs arrêts de tramway sont d’ailleurs présents sur ce boulevard. L’intersection entre la Schiekade et la Heer Bokelweg est une intersection importante avec des institutions d’éducation, des bureaux, des commerces et des restaurants et pubs. L’intersection est d’ailleurs tout près d’un nœud à l’échelle de la ville, le rondpoint Hofplein, qui connecte des boulevards importants tout près du chinatown et du centre-ville de Rotterdam (voir fig. 14). 

La lisibilité du projet Zoho

Le quartier ZOHO se situe plus spécifiquement entre le canal, le viaduc du Hofplein et la Tellingerstraat. Le projet ZOHO conservera les rues principales existantes et la taille d’ilot préétablie, ce qui contribuera à conserver la lisibilité du quartier. Le concept général du projet est de densifier sur les bâtiments existants, ne modifiant ainsi ni les limites, ni les voies, ni les secteurs du quartier. Cependant, le projet risque d’ajouter de nouveaux repères grâce à l’ajout d’éléments reconnaissables et uniques.

 

C’est le cas du Benthemplein Watersquare qui fait partie de la première phase du projet ZOHO réalisé par De Urbanisten. En effet, le square agit non seulement comme attracteur en tant que place publique flexible, elle agit aussi comme stratégie résiliente de gestion de l’eau en accumulant l’eau des fortes précipitations grâce à ses 3 bassins de surfaces et les diverses gouttières à même le sol. La preuve comme quoi la gestion de l’eau peut être un moteur intéressant pour des places publiques nouveau genre et qui se dynamise selon les températures et les saisons. La place Benthemplein est grandement fréquentée depuis sa construction en 2013 et est devenue une partie de l’identité du quartier. À mentionner que cette place a été en majorité financée par les départements de la gestion de l’eau et des subventions en matière d’innovation, permettant ainsi la création d’un lieu social presque gratuit ! 

Figure 15:  Les repères du quartier Zohot

Benthemplein Square - Source: Rotterdam architectuurprijs

Source: Pinsupinsheji

La suite du projet ZOHO prévoit aussi l’ajout de stratégies de gestion de l’eau, notamment les bassins de surface. La grande toiture-terrasse sur podium (parc Peat) est probablement la stratégie la plus impressionnante. Ce parc ainsi que les traverses entre celui-ci et le futur « Hofline » deviendront assurément des repères à l’échelle du quartier. De plus, les nouveaux bâtiments, plus hauts que le paysage bâti existant du secteur, pourraient ultimement servir de point de repère du quartier.  

 

Figure 16: Bâtiment iconique de ZOHO conservé dans le projet à venir

Il est difficile d’évaluer la portée et le succès du projet puisqu’il n’est pas encore construit, mais on peut poser l’hypothèse que le projet risque également de modifier les nœuds du secteur. Vus les objectifs posés par les concepteurs, on peut se douter que le quartier attirera de nouvelles entreprises et de nouveaux résidents et pourrait devenir un lieu attracteur plus important. Il est ainsi possible que le quartier Zoho devienne un pôle en lui-même et il est même possible que certains pôles deviennent moins importants au profit de ce nouveau pôle. Cela pourrait se produire par exemple si de grandes entreprises s'y installent et que le quartier devienne alors un lieu où plusieurs travailleurs s'y dirigent chaque jour. Les espaces publics combinés à la présence de pubs et restaurants peuvent aussi contribuer à garder les gens plus longtemps dans le quartier et ainsi allonger la période de fréquentation du quartier. Cela pourrait par le fait même contribuer à l'attachement au lieu. La lisibilité à plus grande échelle risque ainsi d’être modifiée en lien avec l’élément activity pattern du critère de lisibilité. L’ajout de lieux significatifs et d'activités vont ainsi modifier les images mentales du quartier actuel.

CONCLUSION

ZOHO : réussite ou échec?

Le quartier ZOHO de Rotterdam est un quartier dynamique au coeur de grands changements. Le quartier vise avec ce projet à réduire sa vulnérabilité face aux changements climatiques, particulièrement face aux inondations et aux précipitations extrêmes, tout en répondant aux pressions de densification que connait la ville.

Luchtsingel bridge

Grâce à diverses stratégies, le projet permettra une plus grande résilience face aux aléas climatiques liés à l’eau et rendra aussi le quartier plus résilient d’un niveau social grâce à la mise en œuvre d’éléments qui favorisent l’attachement au lieu et donc l'acceptabilité du projet. L’ajout d’espaces verts et publics et la diversité de fonctions incluses au projet serviront à répondre aux objectifs des concepteurs et de la ville de Rotterdam. Ainsi, comme exposé dans l'analyse du projet, la gestion de l'eau et la notion d’attachement au lieu peuvent être un formidable moteur de design pour une ville et des espaces publics plus résilients.

Le projet du quartier ZOHO nous offre ainsi de bons exemples d'un projet à la fois résilient, mais aussi perméable, mixte et lisible, avec au coeur de ses préoccupations, l’adaptation aux changements climatiques et le bien-être du citoyen.

Source: Landezine

Source: Resilient Rotterdam

Les concepteurs ont d’ailleurs, parmi un de leurs objectifs, l'ambition de conserver le pôle artistique présent actuellement dans le secteur. On peut toutefois se questionner si ce grand projet est la meilleure méthode pour conserver le pôle artistique actuel. En effet, les coûts de construction du projet et le nouvel attrait pour le secteur risquent d’augmenter la demande pour des locaux dans le secteur et ainsi de faire augmenter les prix des loyers et des locaux de création. Des théories comme l’embourgeoisement environnemental expliquent d’ailleurs que des populations vulnérables sont souvent déplacés au profit de grands projets coûteux camouflés sous des visées dites environnementales (Checker, 2011). Ainsi, on risque peut-être d'assister à un phénomène d'embourgeoisement du secteur ZOHO avec la construction de ce grand projet.

Il serait pertinent de revisiter le projet dans quelques années afin de voir si des stratégies, telle la présence de loyers modiques, auront été efficaces afin d'éviter cet effet d'embourgeoisement. Il serait aussi intéressant de voir si le pôle artistique aura véritablement été conservé ou plutôt remplacé par de nouveaux types d'artistes ou même une toute nouvelle clientèle.

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